Actualités : Réglementation
Baisse des doses de cuivre : un réel danger pour l'avenir de la viticulture bio
Le cuivre est une matière active indispensable et irremplaçable à ce jour pour gérer différentes maladies de la vigne en culture biologique et biodynamique. Le millésime 2012 montre que tous les vignobles septentrionaux de France ont utilisé une dose supérieure à 4 kg/ha de cuivre métal et bien souvent proche des 6 kg/ha. Cette fiche a pour but de faire l'état des lieux du cuivre et de ses effets sur l'environnement afin de créer une cohérence entre besoins de la vigne et respect des autres entités vivantes (faune, flore, sol, humain...)
Un article du journal « La Vigne » récoltant les témoignages des vignerons Bio sur l'utilisation du cuivre en 2012 : Bourgogne, Champagne et Val de Loire, tous ceux interrogés ont utilisé des doses de 6kg/ha de cuivre métal.
Réglementation actuelle
Il n'existe pas de réglementation limitant la dose de cuivre pour les domaines conventionnels. La réglementation Bio limite l'utilisation du cuivre à 30 kg/ha de cuivre métal, dose répartie sur 5 ans. Les produits commerciaux cupriques nouvellement homologués ne peuvent être utilisés à plus de 4 kg/ha sur un même millésime.
Projet de réglementation
L'AFFSA veut proposer à la Commission européenne, en mai 2014, une limitation de la dose de cuivre métal à 4kg/ha/an non lissée sur plusieurs années. Cette loi concernerait donc autant les conventionnels que les Bio et tous les types de culture (vignes, vergers, maraichage,...). La motivation de l'AFFSA est née d'une synthèse bibliographique de l'EFSA sur la toxicité du cuivre sur les organismes vivants et sur des essais en laboratoire sur les oiseaux et les vers de terre mené par l’AFSSA.
Des études existent
Une étude de l'ITAB démontre que le cuivre est irremplaçable en viticulture biologique et la dose inférieure à 30 kg/ha de cuivre métal, dose répartie sur 5 ans mettrait en péril la pérennité de la viticulture biologique. La Ligue de Protection des Oiseaux a étudié l'étude de l'EFSA et conclut qu'il n'y a aucun risque identifié pour les oiseaux, les vers de terre, les mammifères. Par contre le cuivre serait très toxique pour l'eau. La L.P.O. précise que le cuivre étant présent dans la nature, il est évacué naturellement par les organismes en cas d'excès d'ingestion, par la bile notamment, les éléments libres du cuivre ne se fixent pas dans le corps. Le problème serait une pollution de l'eau par le cuivre. L'étude faite par CHABERT (2004) du PNRS observe une influence significative différente des différents systèmes de production sur la biodiversité des arthropodes capturés. En effet le système de production biologique est nettement favorable aux carabes, alors qu'ils sont moins présents en lutte raisonnée. Dans sa thèse de doctorat (2012), Aline Navel démontre que les sols viticoles bio ne sont plus pollués par l'utilisation du cuivre car les doses sont désormais faibles. Les sols pollués l'ont été par la viticulture des années 1960 quand on pulvérisait 30 à 60 kg de cuivre métal/ha/an. Pour les 2 indicateurs cités, la différence augmente très nettement (x2) entre la variante biologique et la variante conventionnelle sans apport d'engrais organique.
Aucun fondement à cette baisse de dose
Les conclusions de l'étude de l'EFSA sur les effets du cuivre sur la faune auxiliaire de la vigne en système biologique ne semblent pas fondées sur des raisonnements pertinents. Aucune étude comparative n'a été faite sur les incidences de produits de traitement des vignerons conventionnels sur la faune auxiliaire ! Toutes les études connues à ce jour démontrent que le système biologique est beaucoup plus respectueux de l'environnement en terme de diversité et de quantité d'organismes vivants. Le cuivre, aux doses actuelles, ne pollue pas les sols, vient d'être démontré. Le millésime 2012 est la preuve qu'une dose de cuivre métal limitée à 4 kg/ha/an n'est pas viable pour une viticulture biologique dans les connaissances actuelles. Imposer cette limite dès 2014 serait mettre en péril la viticulture biologique actuelle, engendrerait de massives déconversions (phénomène vu en 2012 avec 6 kg/ha) et stopperait les conversions. La vigne est une culture qui réclame de nombreux traitements. Il est donc nécessaire de continuer des recherches pour supplanter l'utilisation du cuivre mais aujourd'hui, il est impossible de le supprimer purement et simplement sans solution, surtout au lendemain de la création du règlement VIN BIO.
Nathalie DALLEMAGNE (CAB) - mai 2013
