Structuration des filières : Lait
L’association « Seine et Loire » : première OP lait bio reconnue en France
La Commission Nationale Technique du ministère de l'agriculture du mardi 11 décembre 2012 a examiné les premières demandes de reconnaissance OP du secteur lait de vache. La demande de reconnaissance en OP transversale de mandat de l’Association des Producteurs de Lait Bio Seine et Loire a été validée. Cette association a été créée le 25 septembre dernier à l'initiative de 7 associations de producteurs de lait bio livrant, à elles toutes, 5 laiteries privées (Danone, Lactalis, Montsûrs, Saint Père, Triballat) sur les régions Haute et Basse Normandie, Bretagne et Pays de la Loire. Une centaine de producteurs ont déjà envoyé un mandat de négociation dans le cadre du dépôt du dossier. La zone et le champ d'action de l'OP concernent potentiellement près de 400 producteurs de lait bio du Nord-Ouest dont l'adhésion massive à l'OP sera sollicitée dans les prochaines semaines.
Une adhésion massive des producteurs à l’OP
Cette OP de mandat a pour vocation de regrouper les producteurs pour négocier collectivement la vente de leur lait avec les laiteries concernées (collecteurs-transformateurs) dans un cadre souhaité partenarial sur la gestion des volumes et la fixation des prix. L'OP a aussi pour rôle d'organiser avec les laiteries concernées la mise en œuvre des modalités de contractualisation de la production de ses membres. Cette étape devra se mettre en place dans le courant de l'année 2013 et nécessitera en amont une pleine reconnaissance des rôles et missions de l'OP, ainsi qu'une adhésion forte des producteurs à l'OP. Les 7 associations fondatrices peuvent à ce jour compter sur une adhésion moyenne de 70% des producteurs qui peut encore se renforcer et devra se concrétiser au niveau des mandats donnés par un maximum de producteurs à l'OP. Des réunions d'informations à destination des producteurs concernés seront organisées par les associations locales dès le début d'année 2013.
Accompagnement du réseau
La reconnaissance de l'OP "Lait Bio Seine et Loire" est une belle réussite du travail du réseau bio (administrateurs, producteurs, commissions) et plus largement de tous les éleveurs laitiers bio sur le terrain qui se sont mobilisés, ont débattu puis agi. Une animation soutenue par les salariés du réseau pour fédérer les producteurs et expliquer les enjeux a permis d'accompagner l’émergence de l’association inter-régionale et la constitution du dossier de reconnaissance en OP.
Etre réactif
Il était fondamental que les éleveurs laitiers bio du Nord Ouest - dont la densité ainsi que la proximité avec d’importants outils de transformation du lait bio est forte - s’organisent rapidement et rendent concrète la possibilité de créer une OP transversale territoriale. L’expérience pourra être partagée dans d’autres régions. C’est une étape importante pour la structuration de la filière laitière bio.
Vers une fédération nationale
Cette étape en appelle une nouvelle avec la création d'une fédération nationale des éleveurs laitiers bio. Aussi, le jeudi 6 décembre, se tenait également à Paris une rencontre entre des responsables de groupements et d'associations d’éleveurs laitiers bio de toute la France, de Biolait, de la Coop Lait bio du Maine. Ils ont discuté des perspectives, c’est à dire la création d’une association fédérant l’ensemble de ces groupements pour une gestion concertée et solidaire des volumes au niveau national, en relation étroite avec les autres groupements européens d'éleveurs laitiers bio déjà organisés.
Une cogestion « production-transformation »
L'enjeu de la structuration des producteurs est bien qu'ils participent activement à la gestion partenariale de la filière laitière bio avec les transformateurs. La mise en place de l'OP "Lait Bio Seine et Loire" vient conforter leur rôle de co-gérant de la filière laitière bio aux côtés des entreprises de transformation partenaires. L'année 2013 s'annonce très importante pour mettre en place les outils les mieux adaptés à cette co-gestion "production-transformation". Un rapprochement de cet enjeu avec ceux concernant la distribution et la consommation des produits laitiers bio sera aussi à travailler. L'année 2013 commence, le chantier reste ouvert, il reste à souhaiter une pleine réussite aux actions entreprises pour une filière laitière bio toujours plus cohérente et équitable.
Anne UZUREAU (CAB) - Février 2013
Quelle organisation de producteurs bio pour l’après quota ?
Des représentants d’associations de producteurs laitiers bio étaient présents à une formation régionale le 30 mars dernier à Ancenis. Un point a été fait sur l’état d’avancement des contrats avec les laiteries ainsi que l’actualité des associations. En dernière partie, était présenté une OP viande.
Chaque laiterie de la région mène sa propre politique en matière de contrats laitiers.
Position variable selon les associations
L’association St Père a envoyé fin mars une proposition de contrat lait bio à la laiterie et s’est conclue par une rencontre le 2 avril. La laiterie ne serait pas opposée à une signature tripartite (entre producteur, laiterie et organisation de producteurs), par contre, elle n’est pas favorable à une OP transversale (inter laiterie). Pour les associations Lactalis (Vitré, Clécy), les discussions avec la laiterie ont été très rares dernièrement, car la laiterie est plus occupée par les contrats conventionnels. Il y a une pression très forte au niveau syndical mais aussi au niveau de la laiterie, qui a fixé comme échéance le 30 avril 2012 pour la signature des contrats. La laiterie propose des acomptes plus intéressants ou des compléments de primes pour ceux ayant signés avant cette date. Le contrat général proposé par la laiterie devrait concerner les conventionnels et les bio avec des alinéas complémentaires pour les bio. Du côté de la laiterie Montsûrs, elle va mettre en place à partir du 1er juin 2012 une nouvelle modalité de paiement sur des critères de la qualité du lait. Mais, il n’y a pas d’évolution dans la négociation des contrats.
Un besoin de mobiliser les producteurs
Globalement, les producteurs mobilisés dans les associations expriment la nécessité de relancer les producteurs pour qu’ils adhèrent à l’organisation. Un gros travail pédagogique est nécessaire pour expliquer l’importance d’avoir une bonne représentativité de ces organisations de producteurs.
Un décret OP enfin signé
Pour les producteurs de lait bio, le décret fixe le nombre à 25 producteurs (au lieu de 50), pour être reconnue OP. L’OP non commerciale doit disposer de 0,25 ETP (initialement 0.5 à 0.33 ETP était demandé). Ces moyens peuvent être assurés par un tiers avec une convention signée entre l’OP et le prestataire. « La convention précise notamment le contenu des missions confiées, les objectifs à atteindre, les modalités de rémunération des prestataires, les délais d’exécution, les moyens de contrôles et d’évaluation ainsi que les conditions de résolution des litiges ». Autre point cité dans le décret, la mise en place d’associations d’OP (AOP) : ces associations doivent au moins fédérer deux OP reconnues par le décret. « Une OP est tenue de déléguer à l’AOP à laquelle elle adhère les activités mentionnées dans les statuts de l’AOP. Elle ne peut adhérer à plusieurs AOP pour un produit relevant d’une même catégorie de reconnaissance, sauf dans le cas où cette double adhésion est nécessaire à l’organisation locale… ». Pour les producteurs bio en coop, ils peuvent se fédérer et demander à celle-ci que leur section soit reconnue OP bio et d’adhérer à une AOP Bio (attention différence entre groupe et union, si groupe avec des capitaux extérieurs ce sont les coop de base qui font la demande, si union celle-ci peut être reconnue comme OP).
Quelle conséquence pour la filière laitière bio ?
La principale modification du décret sur la diminution du nombre de producteurs pour être reconnue OP, va permettre aux laiteries d’influer les producteurs à s’organiser par laiterie et non par territoire. La multiplication d’OP ne va pas favoriser une démarche transversale. Pour les petites laiteries, comment les producteurs vont-ils négocier, dans quel cadre ? Le réseau FNAB propose entre OP ou AOP et laiteries un contrat cadre reflétant la négociation collective entre l’OP et la ou les laiteries. Et pour ceux qui ne souhaitent pas rentrer dans la démarche collective, il est proposé un contrat individuel reprenant les clauses du contrat cadre entre les éleveurs et la laiterie, les clauses de revoyure indiquent les discussions en cas de désaccord entre l’OP et la laiterie.
Le retard pris par la sortie du décret n’a pas facilité une orientation stratégique du réseau. Certaines associations ont commencé à négocier un contrat tripartite, d’autres se sont orientées vers un schéma d’OP territoriale (Basse Normandie). Une prochaine journée de formation va avoir lieu le 3 juillet pour rendre cohérent notre schéma d’organisation sur le Grand Ouest.
Anne UZUREAU (CAB) - juin 2012
Accompagnement d’une filière caprine bio en devenir
Depuis 2011, la CAB accompagne un groupe d’éleveurs caprins pour valoriser leur production en agriculture biologique en filière longue.
Au niveau national, la production de lait de chèvre bio est en progression depuis 2008. En région Pays de la Loire, la production progresse elle aussi. Il y avait en 2010, 36 fermes en bio ou en conversion, soit 2,3% de la production de lait chèvre. La plupart des éleveurs (55%) vendaient en circuits courts, cela représentait 53% des volumes en 2010 (sources ORAB). Pour les éleveurs en circuits longs, la plupart des opérateurs se situent davantage dans des régions limitrophes (Poitou Charentes, Bretagne, Centre).
Une valorisation difficile
Des producteurs sur la région sont prêts à se convertir, mais les débouchés régionaux en filière longue ne sont pas toujours là. Certaines laiteries préfèrent prendre dans un premier temps du lait bio d’importation (ex. Belgique), et en fonction de l’évolution du marché, développent ou pas une collecte régionale. Autre point sensible, la collecte du lait de chèvre conventionnel est aujourd’hui à saturation. Cela peut influencer des transformateurs à se diversifier pour chercher des débouchés en bio.
Créer une cohésion dans le groupe
Après ce contexte posé, des éleveurs sur la région ont souhaité réfléchir à la valorisation de leur production. Le groupe comprend environ 8 éleveurs ou en phase d’installation (Loire Atlantique, Maine et Loire, Sarthe et Vendée). Les structures sont variées avec un volume de production qui peut aller de 90 000l à 450 000l sous forme individuelle ou collective (type GAEC). Une grande majorité pratique le pâturage. Avec des horizons divers, le groupe a commencé à se voir 3 fois durant l’année 2011. Une phase de connaissance de chacun a été nécessaire. Une fermabioscopie (présentation générale de la ferme, informations sur les productions produites, l’assolement…) a été réalisée par les éleveurs. Cette démarche a pour but de trouver un dénominateur commun au groupe. Ce dénominateur s’orienterait vers un mode de production cohérent à la bio, c’est-à-dire rechercher une autonomie alimentaire par le biais du pâturage. Il n’a pas encore été validé mais l’orientation est là.
Trouver des débouchés en filière longue
Lors des réunions, le groupe a rencontré le responsable des productions animales Biocoop. Cette rencontre a permis aux éleveurs de se confronter à la distribution, de savoir s’il y avait de réels débouchés. Biocoop veut développer une gamme de produits en lait chèvre. Il désire trouver des partenaires en phase avec leur éthique. Maintenant, le groupe doit continuer à prendre contact avec d’autres opérateurs de la collecte et transformation. Des appels téléphoniques ont été effectués auprès d’opérateurs de la région et hors région.
Pour Lactalis, la région Pays de la Loire ne correspond pas à leur bassin pour le lait de chèvre bio. Actuellement, il achète du lait hollandais avec un outil de transformation en Belgique. Il a pour projet de développer un produit français. Le Glac réfléchit à lancer une gamme bio. Triballat souhaite plutôt convertir ses propres producteurs, mais les volontaires ne sont pas toujours faciles à trouver. Laiterie Kerguillet (Bretagne) est dans une position d’attente. La laiterie Chupin (Vendée) travaille en partenariat avec la laiterie Lémance (47), cette dernière fabrique des fromages pour la marque U.
Eurial souhaite développer une collecte bio
Le principal opérateur présent sur notre région est Eurial. Mais ces unités de transformation se situent en Poitou Charentes. Le groupe Eurial souhaite développer une collecte en lait de chèvre bio sur la zone Sud Loire (Sud Maine et Loire, Deux-Sèvres et Nord Vendée). Eurial a contacté le GABB Anjou et Agrobio Poitou Charentes pour un accompagnement des conversions. Cette orientation ne satisfait pas le groupe d’éleveurs accompagnés. La plupart des éleveurs se situent hors de cette zone de collecte. Une rencontre est programmée prochainement avec la direction d’Eurial pour étudier les perspectives de développement.
Ce travail d’accompagnement des éleveurs doit se mener avec d’autres régions limitrophes, car on peut le voir avec Eurial, sa zone se situe sur plusieurs bassins laitiers. La CAB a eu des contacts avec Agrobio Poitou Charentes pour construire une démarche collective et cohérente pour le développement du lait de chèvre bio en circuits longs.
Anne UZUREAU (CAB) - mars 2012
