Structuration des filières : Porc
Une conjoncture délicate pour la filière porcine bio
La filière porc bio connaît actuellement une situation tendue avec une concurrence forte et une tension sur le coût alimentaire dans un contexte général d'augmentation des volumes. La filière essaie de s'organiser pour gérer cette situation.
Augmentation de 23% des volumes en 1 an
La production française de porc bio a connu une évolution de ses volumes entre juillet 2011 et juillet 2012 de l'ordre de 23 à 24 %. Les Pays de la Loire sont la première région productrice de porcs bio en France avec 16 000 porcs charcutiers abattus sur 60 000 porcs en France. Depuis cette année, des opérateurs présents en filière longue sur la région (Bio Direct, E'bio, Tradival) ont bloqué les dossiers d'installation, d'agrandissement ou de conversion. Cette mesure a été prise pour maîtriser au mieux les volumes. Des perspectives de développement de la production sont envisager d'ici 2 ans. Pour certains opérateurs, il peut y avoir des reports dans les enlèvements. Normalement, il n'y a pas de pénalités pour l'éleveur en cas de report prévu par l'abatteur. Plusieurs leviers sont à actionner pour franchir un autre palier de développement. Un travail de structuration de la filière doit être mené pour passer à un autre palier.
Porc bio de France : une solution ?
Une association regroupant les 3 principaux opérateurs de porc bio français (Bio direct, Tradival et Unébio) a été créée en février dernier. L'association « Les porcs bio de France » a pour objet de regrouper les producteurs bio et leurs abatteurs sur un projet commun de mise en marché de porcs bio et de promotion. Cette démarche va permettre de répondre à une demande de l'enseigne U pour contractualiser 150 porcs charcutiers par semaine à partir de septembre 2012. Cette contractualisation s'inspire du partenariat entre l'enseigne U, Biolait et la laiterie St Denis.
Et les importations ?
Une réunion a eu lieu début septembre à l'Agence Bio pour faire un point conjoncturel. Tous les opérateurs de la filière étaient présents. L'Agence Bio a demandé une transparence des flux des opérateurs pour connaître exactement la progression des volumes et évaluer la cohérence entre offre et demande. Début 2013, une campagne promotionnelle sur le porc bio français devrait être mise en place par l'Agence Bio. Le niveau du prix du porc français est plus cher que les porcs importés, mais l'offre française étant importante, les importations diminuent. Les Pays Bas et l'Allemagne exportent moins, même si les Pays Bas produisent davantage. L'Allemagne connaît quant à elle des incertitudes au niveau de sa consommation.
Un coût de l'aliment en progression
Le coût de l'aliment a fortement augmenté depuis 2 ans. Ce phénomène est lié essentiellement à l'inflation du soja (900 €/ tonnes en septembre 2012 !). En France, nous connaissons un déficit important en protéine bio surtout pour les monogastriques. Depuis 2007, la région Centre mène un travail de suivi sur une indexation du coût aliment. Des contacts ont été pris auprès de fabricants d'aliments pour observer la cohérence entre eux. Bio Centre négocie avec les groupements et les abatteurs le coût de l'aliment. Une indexation sur la base suivante : pour 10 euros de variation de la tonne d'aliment correspond à une variation de 0,05 euros du kg de cochon.
Des problèmes de répercussion sur le prix
Un calcul de l'indice est réalisé tous les 4 mois (fin des mois d'avril, septembre, décembre, pour application la semaine suivante). On observe un plafond au-delà duquel le marché ne peut plus absorber les augmentations de prix ; de la même façon, il faudrait prévoir un plancher lorsque le prix de l'aliment baisse, la baisse du prix du cochon ne peut descendre en dessous d'un certain prix. D'autres opérateurs mettent en place avec des fabricants d'aliments ou des groupements ou des céréaliers indépendants une contractualisation de matières premières pour sécuriser les approvisionnements.
Un recentrage de la GMS sur quelques références
Depuis ce printemps, la grande distribution a des incertitudes quant au maintien de certaines références en porc bio transformé. Elle va optimiser ses volumes sur les références qui fonctionnent le mieux. Elle a une vision à court terme de son développement. Pour le réseau de magasins spécialisés, l'effet est moindre car des perspectives de développement existent. Ces stratégies vont entraîner sûrement des modifications au niveau de la valorisation des muscles, point sensible de la filière porc en France. Un observatoire est en projet pour suivre les prix et la vente de pièces en GMS, afin d'identifier les flux de la production à la vente. Cet observatoire aura pour objectif d'améliorer l'équilibre carcasse.
Anne UZUREAU (CAB) - octobre 2012
